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23/04/2015

La petite appellation du Calamin démontre son homogénéité

PMA4541.jpgSeize hectares posés sous Epesses: la plus petite AOC du canton bénéficie d’un terroir cohérent, que confirme la dégustation


Lancez le vigneron Blaise Duboux sur le sujet du Calamin et il est intarissable, véritable puits de science sur la plus petite appellation d’origine du canton. Le responsable de l’interprofession de Lavaux a sa cave à Epesses, d’où il jouit d’une belle vue sur ce vignoble particulier, né de deux glissements de terrain au VIIe siècle, et planté à 97% de chasselas. «C’est un terroir unique, roulé, puisque les glissements ont recouvert un sol existant.» On voit encore au-dessus d’Epesses les deux falaises d’où sont partis les éboulements et on peut admirer sous le bourg ces deux «bosses» lissées par les siècles. Le village historique d’Epesses, lui, a été épargné par les coulées, qui l’ont encadré, et, pendant longtemps, les villageois faisaient un jour de jeûne chaque année pour remercier d’avoir été épargnés. Le nom viendrait d’ailleurs de «calement», l’endroit où s’est arrêtée la terre en mouvement. Aujourd’hui encore, des inclinomètres plantés dans le terrain surveillent les moindres mouvements dangereux.

Un seul sous-sol

«C’est une vraie appellation, au sens terroir du terme, affirme Hervé Detomasi, spécialiste de l’étude des terroirs. La surface est petite, ce qui permet d’avoir une grande homogénéité.» Une affirmation confirmée lors d’une dégustation organisée par Laurent Probst, le responsable du site Vins Confédérés (lire ci-dessous), tant horizontale (26 producteurs différents sur un même millésime) que verticale (14 années).

Comme sa voisine Dézaley et ses 54 hectares de vignes, le Calamin a dû se battre pour récupérer son appellation propre il y a quelques années, que la nouvelle loi cantonale avait fondue dans l’appellation générique Lavaux. Aujourd’hui, les deux perles de Lavaux ont donc retrouvé leur rang, assorti d’une mention Grand Cru obligatoire. «Cela veut dire que tous les vins de ces deux régions sont interdits de coupage, sauf avec 15% maximum du même vin d’un autre millésime, explique fièrement Blaise Duboux. C’est unique en Suisse!»

Une soixantaine de propriétaires se répartissent ces 16 hectares de vignes (un rectangle de 500 x 320 m en gros). Et seulement une quarantaine d’étiquettes y sont produites, selon Grégoire Dubois, président de l’appellation Epesses-Calamin. C’est dire la concentration du territoire, limité à l’ouest par la ruelle Borgne, qui monte depuis l’Hôtel Lavaux vers Epesses, à l’est par le ruisseau qui le sépare du Dézaley et au nord par la route de la Corniche.

Stress hydrique

«Il y a une trame de molasse, explique Hervé Detomasi, avec un sol argileux très fin qui retient beaucoup d’humidité mais qui ne la relâche que très doucement. On a donc souvent un stress hydrique qui amène une légère amertume noble aux vins qui y sont produits. Et la quantité de roches qui y sont présentes amène beaucoup de minéralité.»

Pour Blaise Duboux, cette très bonne cohésion des sols s’accompagne d’un microclimat favorable: «D’abord, on ne monte pas très haut, donc on est toujours proche du lac et de la chaleur qu’il reflète. Ensuite, le soleil y arrive plus tôt qu’en Dézaley. Enfin, il y a un effet d’alizé, certes moins important que chez son grand voisin, mais qui est appréciable pour produire de beaux raisins.»

Tous sont d’accord sur un point: le Calamin a besoin de temps pour se développer et révéler son potentiel, sa classe, son élégance. «C’est un vin de garde», lance Hervé Detomasi. «On est toujours épatés par ses capacités de vieillissement», se souvient Grégoire Dubois dont la famille garde toujours de vieux millésimes.

Déguster une quarantaine de crus prouve leur typicité

La dégustation organisée par Laurent Probst avec l’aide de Grégoire Dubois a permis à la dizaine de dégustateurs de tomber d’accord sur les caractéristiques de ce terroir. Il y a cette minéralité bien présente, toujours cette amertume assez élégante mais qui ne doit pas dominer le vin. Le premier nez marque en général par des arômes lactiques, beurré ou fromage, qui se dissipent très vite. En bouche, on trouve en général une belle vivacité. Et une finale qui s’accompagne souvent de notes poivrées ou salines.

Sur les 40 Calamin 2013, la dégustation (à l’aveugle) a réuni 26 vins (beaucoup d’autres étaient épuisés). Sur ce millésime climatologiquement plus difficile, on a trouvé quelquefois une acidité un peu trop citrique. Nos coups de cœur personnels sont allés à l’expressif Arpège de Jean-Luc Blondel, de Cully; à l’équilibré Calamin de la famille Fonjallaz, à Epesses; au gourmand Calamin des Gay-Pestaloz­zi, à Epesses; au structuré Son Excellence, de l’Union vinicole de Cully; au racé Calamin de Frédéric et Jean-François Hegg, à Epesses; au complexe Calamin des Frères Dubois, à Cully; et à l’élégante Réserve du Margis de Jean-François Chevalley, à Treytorrens.

Dix-huit millésimes plus anciens (dès 2012) ont confirmé la tenue de cette AOC sur les années. Depuis de très beaux 2012 et 2011 de Michel Duboux, à Epesses, jusqu’aux deux pépites sorties par Blaise Duboux, deux Cuvées du Père Vincent, du domaine familial, en 1965 et 1966. On entre dans une autre dimension, avec des notes de sous-bois, de cire, de noix, encore une belle fraîcheur et toujours cette salinité typique.

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