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02/06/2014

Les 99 chasselas de Jérôme Aké Béda

vin,blanc,chasselas,livreCeux qui sont passés ces dernières années à l'Auberge de l'Onde, à Saint-Saphorin (Lavaux), connaissent l'amour qui lie le médiatique sommelier ivoirien Jérôme Aké Béda au chasselas suisse. Une alliance incongrue entre un personnage haut en couleur, bavard, enthousiaste, drôle et un cépage discret, neutre, tout de retenue. Aujourd'hui, le premier publie un livre, "Les 99 chasselas à boire avant de mourir", un choix ultime de millésimes et de producteurs.


Ce serait faire injure au sommelier que de lui dénier un palais sûr et une capacité d'enthousiasme certaine. L'homme est éminemment sympathique, chaleureux et connaisseur. Dans sa quête des chasselas parfaits, il a donc misé sur des maisons souvent reconnues avant d'y distinguer des millésimes pour la plupart introuvables pour le commun des mortels. Comme une sorte d'exercice ultime de connaisseur, une symphonie à l'art de la dégustation, en même temps qu'une petite touche de snobisme à ceux qui auraient raté le Dézaley La Gruyre 1945 de Pierre Fonjallaz (en fait d'Ulysse Fonjallaz, le grand-père) ou le Domaine Autecour 1945 d'Obrist.

Les 99 chasselas se répartissent en cercles concentriques autour de Saint-Saphorin: 40 viennent en effet de Lavaux (dont 16 du seul Dézaley), 12 de La Côte, 13 du Chablais, 3 seulement de Genève, 17 du Valais, 12 des Trois Lacs et... deux du reste de la Suisse. On y trouve un pourcentage élevé des domaines Schenk ou de leurs proches (10) et trois domaines de la Ville de Lausanne. Quant aux millésimes, la gamme est large même si elle reste principalement axée sur 2000 et les suivantes.

Mais qu'importent ces statistiques? Voulu comme une ode au cépage majoritaire et natif de l'arc lémanique, "Les 99..." permet surtout de mieux expliquer deux choses que les non-connaisseurs ignorent encore: 1. Par sa discrétion, le chasselas exprime au mieux ses terroirs, voire les différences de vinification. Il permet donc d'obtenir une gamme étendue de vins, une palette qui va du petit blanc d'apéro, frais et léger, au vin de gastronomie, tout en gardant un côté digeste. Quoi de plus parfait dans un monde locavore et qui cherche la légèreté plutôt que l'abus? 2. Le chasselas est un vin de garde extraordinaire. Ceux qui croient encore qu'il faut jeter la bouteille après deux ans devraient déguster de vieux millésimes, qui prennent soudain de l'ampleur, de la complexité, des arômes tertiaires. Si Aké nous snobe un peu avec ses deux 1945, il a bien raison d'insister sur ce fait.

Cette somme fait quand même plus de 430 pages. Derrière le Padrino Pierre Keller, véritable coordinateur du projet puisqu'il a rassemblé 100 000 francs et fouetté ses troupes, il y a donc toute une équipe à la cave. Pierre-Emmanuel Buss, journaliste au Temps, a pris un mois sabbatique pour rédiger les portraits des 99 domaines cités. Il lui a manqué un peu de... temps et il subsiste donc quelques imprécisions de ci de là, mais rien de grave. Un distingué aréopage a rédigé moult préfaces et autres préambules, de l'ampélographe José Vouillamoz - à qui les vignerons vaudois ont dressé une statue après qu'il a prouvé que le chasselas était né ici - au sommelier Paolo Basso, aux chefs Benoît Violier ou Georges Wenger, au conseiller d'Etat Philippe Leuba, etc.

Enfin, Keller a réuni un commando d'anciens de l'ECAL. Robert Huber et Aurèle Sack signent un graphisme simple, rigoureux et élégant. Jonas Marguet s'est coltiné le pensum de photographier (magnifiquement) 99 bouteilles bien de face et bien éclairées, bravo. Erol Gemma a sorti de son appareil les plus belles cartes postales de vignobles et de domaines, bien léchées joli joli. Mais, hélas, Emilie Muller a réalisé le cahier final, une centaine de portraits de producteurs en noir-blanc, charbonneux au possible, où elle semble avoir demandé à chacun de tirer la gueule. Une fin de bouquin qui manque de charme et de sympathie autour d'un produit censé mettre en joie.

vin,blanc,chasselas,livreLes 99 chasselas à boire avant de mourir, de Jérôme Aké Béda et Pierre-Emmanuel Buss, Ed. Favre. 430 pages. 59 francs.

15:53 Publié dans Concours, Livres, Vins | Tags : vin, blanc, chasselas, livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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