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27/04/2012

Les Frères Dutruy, à Founex: les voyages forment la jeunesse

Dutruy_frères.jpgDepuis qu’ils ont repris les domaines familiaux, les deux frères l’ont étendu et bien modernisé


Ils ne peuvent nier un air de famille, mais ils sont clairement différents. Pourtant, quand ils parlent, ce pourrait presque être d’une même voix. L’aîné, c’est Christian, 37 ans; le cadet, Julien, 32 ans. Christian, avec sa maîtrise fédérale de viticulture, s’occupe de la pépinière (une des trois plus grandes de Suisse), des vignes et de la logistique. Julien, major d’œnologie de l’Université de Bordeaux, est responsable de la vinification et de la commercialisation. Depuis qu’ils ont repris en 2005 les deux domaines dont s’occupaient leurs parents, ils n’ont pas chômé. Ils ont doublé la surface des vignes, remporté nombre de récompenses dans les concours, créé une marque haut de gamme (Les Romaines), et augmenté chaque année la vente des bouteilles de leurs… 26 vins.

«Nous avons eu beaucoup de chance, nos parents ne nous ont jamais mis la pression pour reprendre», expliquent-ils en chœur. «Et, une fois qu’on s’est décidé, ils nous ont laissés tout le temps qu’on voulait.» Les deux garçons sont curieux, veulent voir le monde. Pour Christian, ce sera Nappa Valley avant de travailler trois ans en Afrique du Sud, comme manager de Cilmor Winery, un acteur qui encave 15 millions de litres par année à Worcester. Julien, lui, fera la France – Gevrey-Chambertin, d’abord, avant Bordeaux et l’Alsace (où il a rencontré sa femme) – et la Nouvelle-Zélande.

L’air du large

«On ne copie rien mais c’est vrai que ces voyages nous ont donné une ouverture d’esprit et une collection d’expériences utiles quand on est en pleine réflexion», explique Christian. «En restant ici, on a parfois l’impression que ce qu’on a toujours fait est LA vérité. Nous, on continue à goûter énormément d’autres vins. Et on part chaque année avec mon frère faire un week-end de travail à l’étranger», renchérit Julien.

Leur philosophie est commune, à la vigne comme à la cave. Elle passe d’abord par des plantations denses, 9800 pieds/hectare. «Les racines se concurrencent et descendent plus profondément dans la terre. Comme il y a moins de grappes par cep, elles ont davantage de nutriments. Et on gagne une semaine de maturité pour les vendanges. Mais cela nous demande 30% de travail en plus dans les cultures.» Les vendanges, justement, sont manuelles. Et Christian cultive déjà la moitié de ses vignes en bio (pas biodynamique). Avec l’aide de Changins, le sous-sol de chaque parcelle est en cours de cartographie pour y planter le cépage le plus adéquat. Cela tombe bien, les Dutruy sont également parmi les plus gros pépiniéristes de Suisse et peuvent donc obtenir les meilleures sélections des clones variétaux.

A la cave, Julien multiplie les microvinifications. «J’ai plus de 75 lots chaque année. On vendange puis on vinifie séparément le haut et le bas de certaines parcelles.» Cela donne de la liberté lors de l’assemblage final de chaque vin. Et l’œnologue essaie de n’utiliser que des méthodes peu chimiques, à part l’indispensable soufre: lie, rafles, azote, etc. «La chimie permet de réparer des défauts mais jamais d’améliorer un vin.» Il en sort des vins monocépages (hors deux assemblages) valorisant le terroir des deux domaines sans apport de bois. Les meilleures cuvées sont réservées aux Romaines, leur haut de gamme, qui passe souvent par 20% de barriques neuves.

Stratégie marketing

Pour parachever le travail, les bouteilles et les étiquettes sont soigneusement étudiées. «Quand on passe au soin qu’on met à cultiver nos vignes, à choisir la bonne date de vendange, à élever nos vins le mieux possible, quoi de plus évident que de soigner l’habillage?» avance Christian. Le style Dutruy, ce serait donc, comme le dit Julien, «respecter l’aspect variétal de chaque cépage avec des vins précis et en laissant les choses se faire naturellement». L’avantage d’une gamme aussi large est qu’elle permet de faire des vins très typés et différents: le client en trouvera toujours un qui lui plaira. C’est peut-être aussi cela, le style Dutruy: tenir compte du client…


Trois vins dont ils sont fiers

Sauvignon blanc 2011, Domaine de la Doye, 17 fr.
Des vignes de 15 ans sur une parcelle caillouteuse proche du lac, à Coppet, qui permettent une vendange précoce (600 g/m<sup>2</sup>). «Je ne pousse pas le côté buis du cépage. Je lui préfère le pamplemousse et le fruit de la passion.» Pas de malo ou de barrique pour garder les arômes thiollés. «On défeuille beaucoup et on évite au maximum le contact avec l’oxygène.» (3000 bouteilles)

Rosé de pinot noir 2011, Domaine de la Treille, 13 fr. 50
«Un de nos best-sellers. C’est notre père qui l’avait lancé en 1982. Et on tient à le continuer.» En 2011, il montre un beau gras après un nez riches en petits fruits. «Un millésime magnifique, à la hauteur de 2005 ou de 2008. Nous le vinifions en six lots différents, dont un quart sans malolactique pour lui garder de la fraîcheur.» Belle longueur en bouche. «Un rosé de gastronomie.» (18 000 bouteilles)

Gamay Grande Réserve 2010, Les Romaines, 25 fr.
«C’est un de nos fers de lance. Pour nous, le gamay est un des cépages qui se comportent le mieux en région lémanique. Et nous visons la même qualité avec nos trois gamays, dont le premier est à 11 fr. Nous cherchons son côté épicé plutôt que des arômes de griotte.» Le nez est complexe, entre fruits rouges, épices, poivre, réglisse. La bouche est bien concentrée. Les tanins promettent un beau vieillissement. (3200 bouteilles)


Fiche technique

Quoi?
25,5 hectares entre Founex et Coppet, dont huit en propriété. Seize cépages vinifiés. 400 000 pieds greffés chaque année. Un peu plus de 100 000 bouteilles, le reste étant vendu en vrac.

Combien?
26 vins, principalement monocépages, dans les trois gammes. Onze blancs, du chasselas à l’aligoté. Trois rosés. Dix rouges, dont deux assemblages. Un gewürztraminer passerillé et un mousseux en méthode traditionnelle. De 10 fr. 50 à 26 fr. 50.

Comment?
30% en restauration dans un rayon de 30 km, le reste chez quelques cavistes, chez Manor et en vente directe.

Où?
Les Frères Dutruy, Grand-Rue 18, 1297 Founex-Village. 022 776 54 02. www.lesfreresdutruy.ch.
Vente: lu à ve, 9 h-12 h, 13 h-18 h 30. Dégustation: sa, 10 h-13 h.

07:45 Publié dans Vins | Tags : vin, portrait, la côte | Lien permanent | Commentaires (0)

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