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16/09/2009

Gilles Cornut ne presse pas que le raisin et s’en amuse

cornut.jpgAprès l’année qu’il a vécue, il pourrait se reposer un peu, mais il ne sait pas très bien comment faire. Ce n’est pas dans ses gênes, ce n’est pas dans son sang de terrien. Et nous sommes en période de vendanges, ce n’est pas le moment. Gilles Cornut, directeur technique d’Uvavins, à Tolochenaz, doit s’occuper des raisins de ses 400 coopérateurs, de ces centaines de vignes de La Côte qu’il aide à cultiver tout au long de l’année: 1800 parcelles à suivre sur 415 hectares, soit 11% des vignes vaudoises.


Comme président de la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois, il s’est beaucoup impliqué dans la réforme des AOC, qui a été approuvée par le canton cette année. Il a aussi piloté la restructuration totale de l’Office des vins vaudois, qui a fait couler beaucoup d’encre, de l’abandon de la Maison de la Vuachère à celui du Jean-Louis repris par Beaulieu. Juste avant, il a été un des initiateurs de la fusion (réussie) des communes de Monnaz, d’Echichens, de Saint-Saphorin et de Colombier. Mais qu’est-ce qui pousse ce vigneron (si, si, il a aussi sa petite parcelle) à vouloir tout changer?

«Je ne sais pas pourquoi je me trouve toujours au cœur de l’action. Peut-être parce que je crois au progrès de l’homme.» Il avoue avoir du respect pour le travail des anciens, mais n’allez pas lui dire: «On a toujours fait comme ça.» Déjà, en arrivant chez Uvavins en 1987, il a voulu tout changer. Réduire les traitements et les engrais au début des années 1990, cela n’allait pas de soi. «Les gens m’ont souvent vu comme un hurluberlu.» Alors, il leur a montré, «verre en main», qu’on pouvait faire de meilleurs vins avec moins de chimie. Il a fallu limiter les rendements dans une région où on cultivait jusqu’à 2 kg/m². Puis planter des nouveaux cépages, comme le gamaret, le garanoir ou le doral, là où on ne jurait que par le chasselas. «On ne peut pas imposer son point de vue. Pour que les gens adhèrent, il faut expliquer, écouter, expliquer encore.» Et, toujours, prendre garde au parcours de vie des gens. Parce que le contact avec les autres lui tient tant à cœur.

Lui qui s’avoue pressé, impatient, a dû apprendre dans cette terre vaudoise, où les pas sont lents, mesurés. «Mais c’est cette impatience qui me fait avancer pour bouger les choses.» A la photographe qui lui demande d’arrêter de parler quelques minutes pour lui tirer son portrait, il avoue: «Arrêter de parler… Je ne peux pas vraiment.» Il a toujours ce brin d’humour, parfois comme une défense. Cet admirateur de Ramuz, de Gilles, de Pascal Mercier ou de Fernand Léger admet que, la cinquantaine arrivant, il a appris que les choses ne vont pas aussi vite qu’on voudrait. Que le temps file. Qu’on n’aura pas le temps de voir tout ce qu’on a encore envie de voir. «Si on veut tout faire… Il y a encore tant de pays que je veux visiter.»

Et dans dix ans? «Comme fils de paysan, j’ai toujours eu le rêve de l’autarcie, de cultiver mon petit domaine. Mais c’est de l’utopie. Sinon, peut-être que je serais plus impliqué dans le bien public.» On touche là une autre de ses passions. Il avoue être heureux de travailler pour une coopérative («on ne rétribue pas des actionnaires, mais ceux qui travaillent»), plaide pour un «Etat fort avec une composante sociale, où chacun peut progresser». Il cite Druey, admire l’époque où le radicalisme vaudois osait se mettre en opposition et s’occuper de l’humain. Le capitalisme forcé, pour lui, est dangereux. «Regardez, cela mène à l’aberration du Cassis de Dijon!» Il a bien sûr signé l’initiative qui s’y oppose.

Avec l’âge, il devient philosophe. «Je dois être une vieille âme, ou je me sens comme si j’avais vécu plusieurs vies. Si tu n’as pas de respect pour les autres, tu es sans doute une jeune âme, qui doit encore beaucoup apprendre.» Lui-même tente, tous les matins, de dessiner le Mont-Blanc. Mais c’est dur. Cela n’est jamais aussi beau que ce qu’il voit. Alors, il recommence, tous les matins. Parce que, en plus d’être pressé, il est obstiné.

Photo Odile Meylan

 

10:19 Publié dans Vins | Tags : portrait, vaud, vigneron, cidis, uvavins | Lien permanent | Commentaires (0)

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