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11/09/2009

La grâce de Fumiko

fumiko_DETOURER.jpg«Dès que j’ai posé le pied dans cette ville (ndlr.: Paris), je me suis sentie immédiatement comme à la maison.» Fumiko Kono détonne dans la gastronomie française. D’abord parce qu’elle est une femme, chose encore rare dans la haute gastronomie. Ensuite parce qu’elle est Japonaise, une nationalité qu’on confine volontiers au rôle de stagiaire au fond de la cuisine. Enfin parce qu’elle est venue à la gastronomie sur le tard. Et surtout, peut-être, parce qu’elle a imposé un style étonnant fait de légèreté, de simplicité, de grâce, résultat de son parcours atypique.


Née il y a tout juste quarante ans à Tokyo, Fumiko est d’abord musicienne classique, ne quittant pas son violoncelle depuis l’âge de 6 ans. Pourtant, elle étudie la littérature anglaise à l’université. Mais elle a découvert, par hasard, le film Delicatessen de Jeunet et Caro. Et la scène où la petite Julie joue du violoncelle sur un toit parisien la marque à jamais: elle se promet de la rejouer elle-même à Paris.

Quand elle y arrive lors d’un voyage exprès «à la japonaise», Londres-Paris-Rome en quelques jours, elle tombe immédiatement sous le charme de la Ville Lumière, elle s’y installe. Et découvre la cuisine française, une autre révélation. Elle suit les cours de l’Ecole du Cordon-Bleu, sort major de sa promotion. Une amie l’invite à L’Arpège d’Alain Passard et c’est l’amour fou. Elle fait des pieds et des mains pour y travailler, décroche un poste non rémunéré de stagiaire de nettoyage. Elle observe, elle essaie. Et c’est en dégustant un ananas qu’elle a cuit à la broche que le chef trois-étoiles la découvre, lui fait passer tous les échelons avant qu’elle devienne sa seconde.

Puis elle se met à son compte, organisant des dîners à domicile. Le Gotha parisien la redemande, le monde lui emboîte le pas. Sans cesse dans un avion, elle découvre les cuisines et les produits de tous les lieux où elle passe.

Puis elle est engagée par Fauchon comme chef, rajeunissant la gamme du célèbre traiteur parisien. Mais elle n’aime plus la direction d’une équipe et le stress des grandes maisons. Elle se remet à son compte, entre New York et Tokyo. C’est là qu’elle rédige son premier livre de recettes… en français forcément. Aujourd’hui, elle enseigne également à l’école de cuisine pour amateurs que vient de créer Alain Ducasse.

Il y a dans la cuisine de Fumiko un peu de tout cela: la beauté graphique de ses plats fait penser à une estampe japonaise, l’apparente simplicité de ses créations est aussi épurée qu’ébouriffante, les mariages de ses produits sont sans frontières dans une intégration si réussie qu’elle paraît évidente.

La cuisine de Fumiko, de Fumiko Kono, Ed. Albin-Michel. 144 p.

 

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