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17/07/2008

Et vous, vous êtes bordeaux ou bourgogne?

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Quand j'étais jeune, mon père me disait toujours: "On aime les bourgognes quand on a 20 ans, on se tourne vers les bordeaux au fur et à mesure qu'on prend de l'âge." Je repensais à cette phrase quand mon ami Gilbert a attiré mon attention vers l'excellent dossier de Libération sur le duel des crus incomparables, bordeaux contre bourgogne. Un dossier fouillé où j'ai appris plein de choses sur l'histoire de ces deux vignobles d'exception et sur leur antithèse que certains ont résumé en "Les bordeaux protestants contre les bourgogne catholiques". Récapitulatif des antagonismes:


1. L'histoire

Bourgogne a commencé le premier, puisque ce sont les moines bénédictins de Citeaux qui ont commencé à explorer le sol, à chercher ceux qui donnent les meilleurs vins. Plusieurs éléments seront décisifs. D'abord, le transport. Depuis la région, il fallait transporter le vin par la route, ce qui coûtait cher. Les moines ont donc compris qu'il leur fallait produire un cru de qualité, qu'ils pourraient vendre cher histoire de rentabiliser le trajet. Ils hiérarchisent donc le sol, créent une mosaïque de parcelles (les "clos") qu'ils entourent de murs de pierres sèches. Ajourd'hui encore, cette mosaïque se traduit par une centaine d'appellations différentes et 635 "climats", ce qui désigne à la fois le sous-sol d'un clos, sa pente, son exposition au soleil et au vent. En 1395, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, ordonne l'arrachage du gamay et impose un cépage unique, le pinot noir. Pour le profit, écrit-il, "des meilleurs et plus précieux et convenables vins du royaume, consommés par le pape, le roi et plusieurs autres seigneurs". Ce fut un choix magnifique, tant le pinot noir est un cépage qui est sensible au climat, qui déteste le rendement et les tailles aproximatives, et qui peut produire de grands vins lorsqu'il est bien traité. Pour Jean-Philippe Gervais, patron des services techniques bourguignons, cité par le journal: "Avec lui, ça passe ou ça casse. il y a une véritable pureté aromatique, des vins extrêmement bons lorsque toutes les conditions sont réunies. Dans le cas contraire, c'est très difficile à rattraper."

Profitant des réseaux commerciaux des moines cisterciens, le bourgogne se vend dans le Nord de l'Europe, en Ile-de-France, à la Cour royale où son rival n'est pas le bordeaux, mais... le champagne, un vin rouge, léger, fruité issu également de pinot noir. Mais le bourgogne, toujours par la voie catholique, est également le vin des cardinaux et du pape. Lors des guerres de religion, les vignerons se rangeront aux côtés des catholiques, évidemment.

Bordeaux, lui, émerge à peine au XIIe siècle. Ses quelques parcelles sont concurrencées par les vins de l'arrière-pays, Gaillac ou Cahors, qui dominent le marché. Mais voilà qu'Aliénor d'Aquitaine, séparée de Louis VII, se recase avec Henri II, futur roi d'Angleterre. De cette relation, les Bordelais tirent un privilège exorbitant: ils obtiennent que les vins de l'arrière-pays n'aient plus accès au port de Bordeaux. Dès lors, leurs vins à eux vont conquéreir le marché des îles Britanniques et du Nord de l'Europe par bateaux. Au départ, les vignes ne poussaient que la coline de Saint-Emilion. Mais, devant le succès, on commence à planter dans les graves, les terres pauvres, puis on monte sur le Médoc, au nord. Le privilège acquis grâce à Aliénor perdurera jusqu'à la Révolution française. Pendant ces cinq siècle, les fortunes vont se bâtir, les aristocrates gascons achètent de vastes terres qu'ils transforment en domaines.

Pour abreuver les terres protestantes d'Angleterre, de Hollande ou de Flandre, Bordeaux modèle son vin et adopte le strict cabernet-sauvignon. Mais pourra assembler jusqu'à cinq cépages pour plaire au marché. Les clients étrangers ne perdent pas le Nord, et viennent investir à la source. Les aristocrates gascons vendent donc leurs domaines à des négociants étrangers. Et ces nouveaux venus forment à Bordeaux une forte communauté réformée. Puis, ce sera l'ère des banquiers, des industriels, des assureurs.

2. Les vignerons

On l'a dit, la Bourgogne est constituée de minuscules clos. Dès lors, ils appartiennent à des vrais vignerons, des propriétaires solidement ancrés dans leur domaine, que l'on va retrouver en vigne mais aussi à la cave. Peu de personnel, un vrai attachement, une mentalité un peu paysanne. D'où le côté modeste des propriétés. On retrouve l'austérité monacale dans l'architecture, même dans les clos les plus prestigieux. Mais cette vraie culture se retrouve dans toute la région. Comme le dit Jean-Philippe Gervais, ancien bordelais arrivé en Bourgogne, "Le vin est ancré dans toutes les couches sociales. C'est sans doute lié aux origines médiévales. Ils ont ce côté joyeux, assez gaulois. Le vin est plus associé à chaque moment de la vie. Ils en parlent quand ils le boivent. A Bordeaux, si le vin est bon, on ne tape pas du poing sur la table pour le dire."

A Bordeaux, par contre, les grands domaines sont traités comme des investissements. A leur tête, des financiers qui engagent du personnel qualifié. Le vin, donc, est beaucoup moins présent dans la vie. "C'est un produit réservé, on en parle peu", poursuit Jean-Philippe Gervais. "Vous discutez avec des chefs d'entreprise et il y a d'un côté les seigneurs, des vins d'exception, qui n'ont aucun mal à se vendre; et de l'autre côté ceux qui doivent s'adapter à la demande."

3. Les accessoires

Cette opposition de styles se retrouve aussi dans les accessoires du vin. En Bordeaux, le verre est une tulipe droite, resserrée au col. La bouteille est sobre et pratique, facile à empiler. On la décante à la bougie, poursuivant une imagerie de pureté protestante presque biblique, comme si, en clarifiant le vin, on le rendait transparent face à Dieu. En Bourgogne, le verre est pansu, bedonnant, un vrai capucin face au pasteur que serait le verre bordelais. La bouteille est ventrue, avec un goulot plus épais. Et, ici, on ne décante pas, on ne craint pas, au contraire, de poser sur la table la bouteille, si possible encore remplie de la poussière de la cave.

4. Les vins

Tout ceci expliquerait donc, selon Libération, la différence des vins produits. D'un côté, des vins sombres, durs, fermés sur leurs tanins, des cuvaisons longues, des vins concentrés, peu démonstratifs dans leur jeunesse, des vins de bouche charpentés. De l'autre, des crus enjôleurs, ouverts, sensuels, des vins de nez légers.

Et vous, vous êtes bordeaux ou bourgogne? Et pourquoi?

11:55 Publié dans Vins | Tags : vins, bordeaux, bourgogne | Lien permanent | Commentaires (8)

Commentaires

Bonsoir
je suis bourgogne depuis que j'ai l'âge de boire du vin, je bois itou du bordeaux occasionnellement mais pour sa puissance, son corps et sa richesse d'arômes, je préfère nettement les bourgognes, terres de roi de France depuis fort longtemps;
Mais tout les goûts sont dans la nature et les pour et contre des amateurs ne servent qu'a attiser la passion du sang de la terre.
amicalement

Écrit par : francky | 17/07/2008

Moi, je serias plutôt porté sur la Bourgogne. Because, si les Bourguignons sont gnons, les Bordelais sont laids.

Écrit par : Estebe | 29/07/2008

comme dirait mes 2 philosophes préférés, arnold et willy, il faut de tout pour faire un monde ;o)

l'avantage du bourgogne, c'est globalement sa qualité bien supérieure aux bordeaux pour des prix moindre, avec une buvabilité bien plus grande (tapissent moins le palais)

de plus, quand on commence avec le vin, on a rapidement une plus grande inclinaison vers les blancs, plus simples, immédiat d'accès et les plus grands des plus grands dans le monde sont les bourgognes (comme dirait sechement thevenet, immense viticulteur du maconais, en dessous de condrieu, point de blanc)

les seuls bordeaux accessibles au commun des mortel étant les bordeaux jeunes, ceux ci sont extrement tous parkérisés avec des cotés confiturés avec un bois tres présent mais souple : au debut, on adore, ensuite ca gonfle.

avec l'age, la cave s'étoffe, les grands deviennent accessibles a notre protefeuille et là, d'un coup, les poils se herissent, une claque vous arrive en pleine tronche en buvant un chateau vieux certan de la may de certan 86 depassant et de loin n'importe quel petrus, un mouton 82 qui vous met un uppercut avec toute cette subtilité, cette complexité incroyable que seuls les grandes bouteilles peuvent vous apporter.

en plus, le bordeaux vous penetre petit à petit jusqu'à arriver au dernier verre, le plus magique

dans les tres grands bourgognes, vous pouvez avoir cette complexité animale, ces aromes tertiares sublimes mais rarement ce type de progression.

pour conclure, je dirai que ma préference bordeaux/bourgogne depend du lieu et du budget : les émotions les plus grandes sont bien plus nombreuses en bordeaux qu'en bourgogne mais globalement, je prefere le bourgogne au bordeaux, pas simple tout ça ;o)

Écrit par : sborgnanera | 12/08/2008

j'aime le Bordeaux! possiblement parce que le suis une fille))) qui sait?... mais pour moi il et meme plus appetisant, délicieux...

Écrit par : Corey | 14/11/2008

oui Corey! je suis d'accord avec toi, je pense que c'est une question du sexe...

Écrit par : Lola | 02/12/2008

Bonjour à tous,

En tant que pure Bourguignonne, travaillant dans le vin depuis plus de vingt ans, j'aimerai donner mon avis sur la question!..
Je ne pense pas que ce soit une question de sexe mais bien une question de goût, de connaissance du vin, et aussi de budget!.. Je ne suis pas "chauvine", j'achète du Bordeaux, du Côte du Rhône, du Val de Loire.. Il est vrai qu'on retrouve beaucoup de finesse et de terroir dans le Bourgogne, et je pense que le Bourgogne est moins lourd, moins agressif que les autres vins que j'ai pu boire... Mais attention, nous avons la chance en France d'avoir une diversité dans les vins, et
c'est en goutant qu'on exerce son palais et qu'on apprécie plus ou moins tel ou tel vin, c'est valable pour une femme ou un homme... La palette est tellement vaste, et il y a tellement à découvrir et à apprendre qu'on a du mal à en faire le tour... Pour ma part, j'ai vraiment une faiblesse pour les pinots noirs bourguignons, mais j'apprécie aussi un bon Bordeaux ou un bon Côte du Rhône...c'est totalement différent, et je ne les compare pas au Bourgogne, ça n'a rien à voir.
Bonne dégustation à tous et bonnes fêtes de fin d'année...
Dominique - Meursault (21)

Écrit par : Dominique | 04/12/2008

Je suis d'accord, ce n'est pas du tout une question de sexe. D'ailleurs ne dit-on pas des Chambolles-Musigny, Volnay ou autres Gevrey-Chambertin qu'ils sont des vins féminins ?
Sans doute parce qu'ils sont très délicats… d'ailleurs, je suis un homme et ça ne m'empêche pas de les apprécier énormément !
Pour ma part je suis davantage Bourgogne depuis quelques années. Je trouve que ce sont des vins plus subtils, mais c'est une question de goût.
Il y a peut-être aussi l'attachement à une certaine "philosophie" du vin. En bourgogne, on est souvent plus dans le terroir et le produit et moins dans le commerce, il suffit parfois de comparer vignerons Bourguignons et bordelais pour comprendre une différence majeure. Après il y a des exceptions bien sûr…

Écrit par : papadanna | 16/02/2011

personnellement le vin est avant tout une question de sensibilité de ressentit, d'ou l'intérêt des dégustations à l'aveugle qui neutralise l'effet étiquette. Chaque région viticole a ses trésors et il est nécessaire de "boire diversifié" pour appréhender la complexité du vin et de son élaboration. Ma préférence en générale irait aux vins de bourgogne; car ce sont des vins d'équilibristes issus d'un seul cépage, le pinot noir, très sensible au climat et délicat à élever, l'exceptionnel côtoyant aussi le médiocre. Le bordeaux depuis quelques temps tant à standardiser son goût par des techniques d'élevages qui rendent les vins en général plus accessibles et faciles à boire jeunes au détriment de la complexité et de l'émotion. Margaux, pauillac, saint julien, graves... bien difficile souvent de discerner ces terroirs dans la bouteille. Bref plus de magie dans certains bourgognes ou l'expression du terroir est davantage mise en avant que les techniques modernes de vinification qui travestissent souvent le raisin. Je ne mettrai pas en avant, pour expliquer mon choix, les différences culturelles et historiques qui rendent à mes yeux,, la bourgogne plus attachante, mais simplement les moments de bonheur ressentis autours de divins flacons. J'aime le bordeaux mais je reviens toujours au bourgogne pour leur structure plus droite, moins exubérante en première bouche, pour leur fraîcheur malgré les années, et leur palette aromatique que je trouve plus complexe et plus subtile voire déroutante quelquefois! Et j'adore qu'un vin me surprenne.

Écrit par : yohann | 17/06/2011

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